Germain POLEPOLE: La promotion des droits fondamentaux à Bukavu et l’apport des jeunes

Comment les jeunes peuvent-ils promouvoir et défendre les droits humains dans ce contexte ?


L’engagement en faveur des droits humains repose sur des principes fondamentaux tels que l’universalité, l’indivisibilité et l’interdépendance des droits. Les instruments juridiques internationaux et régionaux, notamment la DUDH, le PIDCP et la CADHP, confèrent aux citoyens le droit de participer à la gestion des affaires publiques et d’œuvrer pour la promotion des libertés fondamentales. En RDC, la Constitution protège également la liberté d’association et d’expression (article 23 de la Constitution), garantissant ainsi un espace d’action aux défenseurs des droits humains.

Il apparaît dès lors que, dans le contexte actuel de Bukavu, marqué par une crise aux multiples facettes, les jeunes leaders ont un rôle déterminant à jouer dans la défense des principes fondamentaux et l’atténuation des effets des violations massives des droits humains.

En premier lieu, ils peuvent renforcer la sensibilisation et l’éducation aux droits fondamentaux en initiant des actions locales, en organisant des débats et en menant des campagnes d’information destinées à conscientiser la population sur ses droits ainsi que sur les mécanismes pacifiques de revendication.
À cet égard, l’engagement de l’ASBL VIJANA SHUJAA constitue une initiative salutaire qui mérite d’être soutenue et pérennisée.
Il incombe dès lors aux autres structures et acteurs engagés de suivre cette dynamique afin d’amplifier l’impact de ces actions et de garantir une mobilisation collective en faveur de la protection des droits humains

Deuxièmement, le plaidoyer auprès des institutions nationales et internationales est indispensable pour documenter les abus, alerter l’opinion et exiger des réponses appropriées de la part des autorités compétentes.                                          De surcroît, les jeunes doivent encourager la résilience communautaire en initiant des projets de soutien aux populations vulnérables, notamment en matière d’accès aux services essentiels comme l’alimentation, la santé et la justice.                                    L’utilisation des technologies de l’information et des médias sociaux permet également de contourner la censure et d’amplifier les voix des victimes.                                            Enfin, l’implication des jeunes dans les processus décisionnels et leur participation active à la gouvernance locale peuvent favoriser la mise en place de solutions durables pour restaurer l’État de droit et prévenir de nouvelles crises.

L’importance de ces actions dépasse le cadre immédiat de la crise actuelle : elles conditionnent l’avenir même de Bukavu. Une jeunesse consciente, organisée et engagée constitue un rempart contre l’impunité et une force motrice pour la reconstruction démocratique et économique de la ville.

Pourquoi est-il important pour l’avenir de Bukavu que les jeunes s’impliquent dans la défense des droits humains ?


Le développement durable d’une société repose sur la justice, la stabilité et le respect des droits fondamentaux.
L’histoire montre que les sociétés ayant surmonté des crises similaires sont celles où une mobilisation citoyenne, notamment portée par la jeunesse, a permis de renforcer les mécanismes de protection des droits et de reconstruire des institutions solides.

Si les jeunes de Bukavu ne prennent pas part à la défense et à la promotion des droits humains, plusieurs risques se dessinent. D’abord, la banalisation des violations actuelles pourrait s’enraciner dans la culture sociale et politique, instaurant un climat de résignation qui affaiblirait les perspectives de rétablissement de l’État de droit.

Ensuite, l’absence d’un engagement actif favoriserait la perpétuation des injustices et des inégalités, alimentant ainsi un cycle de violences et d’instabilité qui compromettrait toute possibilité de développement économique et social.


Qu’est-ce qui est arrivé exactement en RDC ?

En effet, pendant près de trois décennies, l’est de la République démocratique du Congo a été confronté à une déstabilisation sécuritaire causée par des groupes armés nationaux et étrangers, en raison de son attractivité en ressources minières.

Cependant, la fin de l’année 2023 marque la naissance d’un nouveau mouvement politico-militaire, un terme qui le distingue d’un simple groupe armé de brousse animé par une boulimie minière, avec un nouveau mode opératoire : « Faire échec au régime en place ». Rendu public à Nairobi, au Kenya, le 17/12/2023, ce mouvement a réalisé une avancée significative en prenant le contrôle des grandes agglomérations de la partie orientale du pays, dont Bukavu, la deuxième grande ville de cette région. L’assaut a débuté le vendredi 14/02/ 2025 avec la prise de l’aéroport national de Kavumu.

Le samedi 15/02/2025, le repli dit « stratégique » des forces de défense du gouvernement (pour éviter le front en plein centre-ville, selon certaines sources) a laissé toute une journée de vide sécuritaire, entraînant des scènes de « chaos » et de « pillages », ainsi que l’évasion de prisonniers et le « retentissement des balles dans tous les sens », car, les armes étaient ramassées, et ceux qui savaient s’en servir faisaient la loi.

Les habitants ont paniqué en mémoire de ce qui s’était passé à Goma (la ville voisine où l’ONU a documenté plus de 3000 morts) lors de la prise de cette ville. Cependant, le dimanche 16/02/2024, un climat de calme semblait revenir.
Tôt le matin, sur la Route nationale numéro 2, des habitants pouvaient apercevoir de longs fils militaires bien armés. Certains prenaient la colline Camp TV, d’autres se dirigeaient vers labotte (avenue abritant le gouvernorat de province), d’autres encore vers la frontière avec la République du Rwanda, tandis que d’autres se rendaient au camp Saïo (principal camp militaire de la ville).
C’est ainsi que la montagneuse ville de Bukavu est tombée.

Merci pour votre Attention!