
Quelles actions concrètes les jeunes peuvent-ils entreprendre pour renforcer leur engagement citoyen et participer activement à la vie politique de leur communauté après cette crise?

En tant qu’élu de Bukavu, je tiens d’abord à présenter mes plus sincères condoléances à toutes les familles qui ont perdu leurs proches depuis cette crise tragique. Je témoigne également toute ma solidarité à la jeunesse de Bukavu en particulier, et à toute notre communauté en général, en cette période difficile.
Il est important de reconnaître que ces conflits armés, avec les souffrances qu’ils engendrent, sont une preuve éloquente de l’échec de notre élite politique, de la société civile, et de nous-mêmes en tant que population et élus. Il est temps d’apprendre des leçons que nous offre cette situation. Chacun doit tirer sa part de responsabilité et s’engager dans une remise en cause qui nous aidera à relever les défis existentiels auxquels nous faisons face.
Pour y parvenir, les jeunes ont un rôle important à jouer. Ils peuvent entreprendre plusieurs actions concrètes pour renforcer leur engagement citoyen et participer activement à la vie politique de leur communauté, de notre ville:
1. Mobilisation communautaire : Les jeunes peuvent organiser des forums de discussion, des ateliers et des rencontres pour échanger des idées sur les enjeux locaux et nationaux. Cela leur permettra non seulement de s’informer, mais aussi de sensibiliser leurs pairs sur l’importance de l’engagement citoyen.
2. Participation aux élections : Il est essentiel que les jeunes s’inscrivent sur les listes électorales et participent massivement aux élections. Ils doivent également envisager de se présenter à des postes politiques pour faire entendre leur voix et défendre leurs intérêts.
3. Initiatives innovantes : Les jeunes doivent développer des projets communautaires qui répondent aux besoins locaux. Cela peut inclure des initiatives en matière d’éducation, de santé ou de développement durable, qui contribuent à l’amélioration de la qualité de vie dans notre région.
4. Plaidoyer et sensibilisation : Ils peuvent utiliser les réseaux sociaux et d’autres plateformes pour faire entendre leurs préoccupations et plaider en faveur de changements positifs dans la société.
Nous avons un pays et une province à relever, un système à revoir. Pour cela, il est impératif que les jeunes aient des visions claires pour l’avenir de la communauté congolaise du présent et du futur.
Croyez-vous que les jeunes de Bukavu seront-ils intéressés par les activités politiques après cette crise, honorable ?
Absolument. La vie nationale ne se limite pas à cette crise. Bukavu, en tant que cité dynamique, continuera d’avancer, et nous allons nous relever ensemble, comme le dit si bien le slogan de Vijana Shujaa ASBL, dans cette campagne. En tant qu’élu proche de mes électeurs, je suis témoin oculaire des événements que nous vivons. Ce tournant décisif dans l’histoire nationale doit être pris au sérieux par nos jeunes.
Je les invite à aborder cette période avec discernement et maturité citoyenne, car nos concitoyens paient un lourd tribut pour ces événements. Cela doit nous éveiller et renforcer notre engagement citoyen. Nous avons une grande volonté de voir notre nation émerger, une émergence qui doit être conduite par les jeunes, ceux qui ont su dépasser les épreuves et démentir ceux qui croient à notre disparition totale.
Nous ne méritons pas ce que nous subissons, mais c’est un coup du sort que nous devons tous surmonter. C’est une erreur que nous devons corriger ensemble. Le Congo est une démocratie, et nous avons des acquis précieux à présenter au monde, comme notre première alternance pacifique.
Je crois fermement en notre génération, la nouvelle génération de Bukavu, et en tout ce que nous avons à offrir à la sous région et au monde. Notre destin ne se définit pas par cette période difficile ; nous voyons au-delà de ces événements, des préjugés et des stéréotypes. Nous sommes héritiers d’une riche histoire de résilience incarnée par des figures emblématiques .

Qu’est-ce qui est arrivé exactement en RDC ?
En effet, pendant près de trois décennies, l’est de la République démocratique du Congo a été confronté à une déstabilisation sécuritaire causée par des groupes armés nationaux et étrangers, en raison de son attractivité en ressources minières.
Cependant, la fin de l’année 2023 marque la naissance d’un nouveau mouvement politico-militaire, un terme qui le distingue d’un simple groupe armé de brousse animé par une boulimie minière, avec un nouveau mode opératoire : « Faire échec au régime en place ». Rendu public à Nairobi, au Kenya, le 17/12/2023, ce mouvement a réalisé une avancée significative en prenant le contrôle des grandes agglomérations de la partie orientale du pays, dont Bukavu, la deuxième grande ville de cette région. L’assaut a débuté le vendredi 14/02/ 2025 avec la prise de l’aéroport national de Kavumu.
Le samedi 15/02/2025, le repli dit « stratégique » des forces de défense du gouvernement (pour éviter le front en plein centre-ville, selon certaines sources) a laissé toute une journée de vide sécuritaire, entraînant des scènes de « chaos » et de « pillages », ainsi que l’évasion de prisonniers et le « retentissement des balles dans tous les sens », car, les armes étaient ramassées, et ceux qui savaient s’en servir faisaient la loi.
Les habitants ont paniqué en mémoire de ce qui s’était passé à Goma (la ville voisine où l’ONU a documenté plus de 3000 morts) lors de la prise de cette ville. Cependant, le dimanche 16/02/2024, un climat de calme semblait revenir.
Tôt le matin, sur la Route nationale numéro 2, des habitants pouvaient apercevoir de longs fils militaires bien armés. Certains prenaient la colline Camp TV, d’autres se dirigeaient vers labotte (avenue abritant le gouvernorat de province), d’autres encore vers la frontière avec la République du Rwanda, tandis que d’autres se rendaient au camp Saïo (principal camp militaire de la ville).
C’est ainsi que la montagneuse ville de Bukavu est tombée.
Merci pour votre Attention!

Photo : intervention du coach Al Kitenge, notre panéliste lors de la session en présentiel du mois d’octobre 2023 à Bukavu.


Répondre à Audry ciza Annuler la réponse.